Un compte-rendu de Véronique Vander Meiren, membre effectif de Folia Officinalis - les impressions personnelles de Véronique, Chloé et Nicolas se trouvent en partie 2 ;)
Du 11 au 13 mars 2026, la Vallée de la Drôme a accueilli le 4e Colloque des Plantes à Parfum, Aromatiques et Médicinales (PPAM). Cet événement, organisé par l’association Biovallée, a réuni des professionnels de la production, de la recherche et de la santé. Cette année, le pays invité était la Belgique, représentée par Andrea Cecere (doctorante au TERRA Research Centre) et Chloé Darge (Folia Officinalis).
Claude Boudeulle, vice-présidente de l’association Biovallée, a rappelé que la vallée de la Drôme est un territoire pionnier de la transition écologique. L’objectif de ce colloque était d'aborder la santé de manière systémique à travers trois dimensions interdépendantes : humaine, environnementale et sociale. Cette édition s'est concentrée sur la place des PPAM dans le parcours de soin et les projets nécessaires pour renforcer ce rôle.
Mercredi 11 mars : Visites de terrain : Transformation et valorisation
La première journée était consacrée aux visites d’entreprises : soit Nateva (Die) et la distillerie des 4 vallées (Chamaloc), soit Elixens (Eurre)
Nateva

Nateva est une entreprise de transformation de plantes aromatiques et médicinales située à Eurre, dans la Drôme. Son activité se décline en quatre axes principaux, allant de l'herboristerie à la fabrication de produits finis, en traitant aussi bien des matières premières issues de l’agriculture biologique (majoritaires mais en diminution au fil des ans) que des plantes en agriculture conventionnelle.
En tant que grossiste, la structure s'appuie sur des partenariats pluriannuels avec des producteurs et des cueilleurs pour stabiliser ses approvisionnements. Son pôle d’éco-extraction réalise des macérations de plantes sèches ou fraîches dans divers solvants, tels que l'eau du Vercors, l'alcool, la glycérine ou des huiles végétales, afin de produire des extraits liquides adaptés aux besoins de la phytothérapie. Nateva assure également la distillation d'huiles essentielles et d'eaux florales par un procédé traditionnel à basse pression utilisant de l'eau de source. L'installation technique inclut un système de refroidissement des condensats en circuit fermé pour limiter la consommation d'eau, permettant de traiter des plantes à rendements variés, de la mélisse au lavandin.
L'entreprise propose par ailleurs une activité de façonnage de compléments alimentaires liquides, couvrant le conditionnement ou le développement de projets complets pour des tiers. Sur le plan réglementaire, les produits biologiques sont certifiés par Ecocert selon les référentiels AB ou COSMOS. La maîtrise de la qualité sanitaire repose sur la méthode HACCP et le suivi chromatographique de chaque lot. En 2025, le laboratoire a engagé une démarche de certification ISO 22 000 pour renforcer ses standards de sécurité alimentaire.
Lors de la visite, nous avons abordé la problématique de la certification « 100 % d'ingrédients issus de l'agriculture biologique ». L'eau, par définition, n'étant pas un ingrédient certifiable bio, est remplacée par un hydrolat de mauve sylvestre bio (cet hydrolat ne possède aucun principe actif médicinal). Afin de ne pas altérer les propriétés organoleptiques du produit final, cet hydrolat est décoloré et de désodorisé, ce qui permet d’obtenir une base aqueuse intégralement certifiée bio sans modifier l'aspect ou le parfum de la formulation.
Distillerie des 4 vallées

La Distillerie des 4 Vallées, située à Chamaloc, est une structure familiale dont l'activité est liée à la récolte de la lavande sauvage dans les montagnes de la Drôme depuis 1930. Historiquement, la distillation s'effectuait à l'aide de petits alambics mobiles avant que la famille Aubanel ne s'équipe d'un premier appareil fixe en 1950. L'entreprise a connu plusieurs phases de modernisation, notamment en 1966 avec un déplacement de l'activité à Die pour augmenter les capacités de traitement, puis un retour à Chamaloc en 1981.
Sous l'impulsion d'Alain Aubanel,
la distillerie a évolué vers l'utilisation de cuves en acier inoxydable et de
chaudières à haute pression dès 1994, permettant de répondre aux normes
environnementales et de distiller des plantes issues de l'agriculture biologique.
Les procédés techniques ont continué de progresser avec l'adoption de la
récolte en "coupeuse en vert" et l'utilisation de remorques-caissons
de 15 m³ reliées directement à la distillerie, ce qui évite le séchage au champ
et facilite le compostage ultérieur du végétal. 
En 2022, une nouvelle unité de distillation a été construite pour réduire l'empreinte environnementale de l'activité. Cette installation moderne utilise un échangeur éco-évaporatif qui permet de diminuer la consommation d'eau de 75 % par rapport aux systèmes traditionnels à serpentins. L'entreprise se sert également de l'hydrolat excédentaire comme fluide de refroidissement complémentaire. L'entreprise dispose également d'une aire de compostage aux normes, équipée d'un bassin de rétention pour le recyclage des eaux pluviales. Aujourd'hui, la distillerie produit une gamme variée d'huiles essentielles (lavandes, lavandins, thym, sarriette) et d'hydrolats, tout en proposant des activités de visite guidée et des ateliers de distillation.
Elixens
(n’ayant pas visité l’entreprise le texte qui suit est uniquement issu des informations se trouvant sur le site de l’entreprise)
Elixens est une entreprise spécialisée dans la production d'ingrédients naturels pour les secteurs de la cosmétique, de l'aromatique et du parfum. Son activité est fortement ancrée dans la Drôme, où elle a regroupé en 2019 ses moyens industriels et techniques sur un site à Eurre, à proximité de sa distillerie agricole située à Eygluy-Escoulin.
Le modèle d'Elixens repose sur la maîtrise de l'ensemble de la chaîne de production, de la culture des plantes à la livraison des produits finis. L'entreprise a consolidé son expertise agricole en 2010 en intégrant le pôle matières premières du laboratoire Sanoflore, rattaché à une filière bio et équitable en Dauphiné-Provence. Aujourd'hui, 62 % du chiffre d'affaires d'Elixens France est réalisé dans le secteur biologique.
Sur le plan technique et qualitatif, le site d'Eurre est certifié ISO 22000, ce qui garantit la maîtrise des risques alimentaires pour ses ingrédients.
Jeudi 12 mars : place aux présentations et conférences
La matinée, introduite par Claude Boudeulle (vice-présidente de Biovallée) et Sami Corcos (pharmacien toxicologue et coordinateur de l'événement), a posé les bases techniques indispensables à l'usage thérapeutique des plantes.
Conférence introductive
de Jacques Kopferschmitt : professeur de médecine et pionnier de la toxicologie clinique. Son intervention a relevé les défis auxquels la filière PPAM doit faire face : aléas climatiques, pression sur les ressources en eau, gestion des sols, disponibilité de la main-d’œuvre, exigences de standardisation et de conformité, volatilité des marchés,… tout en maintenant la biodiversité et la résilience des systèmes de production.
Botani+

De la signature métabolomique à la preuve d’authenticité des plantes et des leurs extraits par le Dr Francis Hadji Minaglou (BotaniCert): docteur en pharmacie et président de ce laboratoire expert en analyse botanique. Il a présenté Botani+, une méthode de "signature métabolomique" permettant de garantir l'authenticité des extraits. Il a illustré son propos par des exemples de fraudes constatées sur le marché (substitution de plantes ou ajout de molécules de synthèse).
Dans un marché en pleine expansion, soumis à une concurrence et une pression sans cesse croissantes, de nombreux raccourcis sont empruntés pour satisfaire la clientèle. Les laboratoires utilisent leurs propres méthodes internes de contrôle, lesquelles s'avèrent souvent peu adaptées aux produits transformés. À ce jour, si l’on souhaite authentifier un extrait sec selon une monographie de pharmacopée, seule la CCM (Chromatographie sur Couche Mince) est réalisée — et réalisable.
Les cas de falsification sont nombreux : présence d’une autre partie de la plante, présence d’une espèce végétale différente ou de substances « mimant » la plante, dilution de la matière première, ou encore ajout volontaire de substances pour augmenter les effets des principes actifs (par exemple : vasodilatateurs, sibutramine, antidépresseurs, opioïdes, etc.). On observe également des dilutions avec des agents de charge, tels que la maltodextrine.
Le contrôle de la qualité des extraits de plantes s'articule autour de quatre niveaux de précision croissante :
Niveau 1 : La comparaison de profil
À ce stade, on se contente de vérifier que le profil global de l'échantillon présente une similitude avec un échantillon de référence. Cette méthode est limitée : elle confirme une ressemblance, mais ne permet pas de garantir que ce profil n'a pas été obtenu artificiellement par une falsification habile
Niveau 2 : L'identification de composés ciblés (HPTLC : Chromatographie sur Couche Mince Haute Performance). Elle met en évidence un ou plusieurs composés spécifiques, comme les flavonoïdes. Ceci est cependant insuffisant : par exemple, la seule présence d'acide caféique et d'acide chlorogénique dans un test sur l'échinacée pourpre ne permet pas de la distinguer d'autres plantes comme l'arnica montana ou la grande bardane, qui partagent ces mêmes constituants.
Niveau 3 : La recherche de marqueurs chimiotaxonomiques et d'adultérants connus.
C'est-à-dire des molécules qui sont propres à une famille ou à un genre précis. Ce niveau permet également d'intégrer un unique marqueur positif pour détecter un adultérant (falsification) déjà identifié dans la littérature scientifique ou les alertes de marché.
Niveau 4 : signature métabolomique. Contrairement aux méthodes classiques qui se focalisent sur quelques molécules isolées, cette approche dite « non ciblée » ou « exhaustive » étudie l'ensemble des métabolites présents dans la plante à un instant donné. Elle permet de mettre en évidence de nombreux marqueurs chimiotaxonomiques, véritables signatures biologiques propres à une espèce précise. En cartographiant ainsi la majorité des composés chimiques du végétal, cette méthode ne laisse aucune place à l'approximation. Elle permet de détecter non seulement les adultérants déjà répertoriés, mais aussi toute substance étrangère ou anomalie de composition, garantissant ainsi une conformité quasi absolue entre la plante récoltée et l'extrait final.
Quelques exemples d’adultération parmi des centaines, voire des milliers, existant sur le marché ont été présentés : présence de Viagra (Sildénafil) dans de l'ashwagandha, extraits secs de prêle sans la moindre trace de prêle, ou substitution de vigne rouge par des pépins de raisin ou de myrtille par du riz noir !
Label HEPNA
Pierre-Yves Mathonet (vice-président de l’association HEPNA) a présenté le futur label « Huile Essentielle Pure et Naturelle ». Cette association milite pour une labellisation des huiles essentielles afin d'assurer leur authenticité, leur sécurité et leur efficacité en usage professionnel. Elle a développé un cahier des charges qui permettra de garantir la traçabilité de la plante jusqu’au produit fini, et qui sera vérifié et contrôlé par des audits terrain réalisés par un cabinet d’audit indépendant. Le label HEPNA est dans sa dernière phase de créaction.
Il met en avant la principale fraude dans les huiles essentielles qui est la recomposition avec des molécules naturelles issues d’autres espèces ou des molécules de synthèse. Ces dernières présentent un avantage pour les industriels : prix bas, rendement élevé, pas de pesticides, indétectable,… Mais il s’agit de fraude et de concurrence déloyale et on peut émettre des doutes sur la sécurité d’utilisation.
Témoignages d'entreprises de la vallée
Marie Enfedaque (Nateva) & Laetitia Laveran (Elixens), respectivement responsable qualité et directrice technique, ont témoigné des contraintes opérationnelles des entreprises de la vallée pour maintenir des standards de qualité élevés (HACCP, ISO 22000) tout au long de la transformation.
Usage des huiles essentielles par les patients atteints de mucovisidose
Le Dr Aline
Mercan, médecin phytothérapeute et auteure, notamment, du Manuel de
phytothérapie éco-responsable, a présenté une étude sur l'usage des huiles
essentielles (HE) chez les patients atteints de mucoviscidose, illustrant
l'intérêt des PPAM dans des contextes cliniques complexes. Cette recherche
visait à documenter les modalités d'usage (dosages, voies d'administration,
qualité, coûts), l'origine du conseil ou de la prescription, ainsi que les
bénéfices ressentis, les risques potentiels et la communication avec les
professionnels de santé. Les observations font état de bénéfices variés, tels
que l'espacement des cures d'antibiotiques, un retard à la greffe, la
diminution des infections et une amélioration du confort digestif et algique.
L'étude aborde également la controverse relative à l'association des HE et des antibiotiques. Si certains suggèrent une inhibition de l'action de ces derniers, le Dr Mercan souligne les limites des données actuelles, souvent issues d'études in vitro sur molécules isolées et non sur le totum. Sur ce point, les avis divergent : Catherine Llanes, bactériologiste à l’Université de Franche-Comté, alerte sur une possible inefficacité, voire des risques de résistances bactériennes. À l'inverse, le laboratoire Pranarôm avance que l’HE de géranium rosat pourrait potentialiser l’effet de la ciprofloxacine tout en minimisant ses effets secondaires, tout en précisant que des tests in vivo restent nécessaires pour confirmer ces synergies. De son côté, le pharmacologue marocain Adnane Remmal a initié des essais cliniques en 2016 portant sur l'usage de l'Augmentin et de l'HE d'eucalyptus auprès de 25 patients présentant des germes multirésistants. Face à des résultats particulièrement satisfaisants, une seconde étude a été menée sur un échantillon de 50 patients supplémentaires, confirmant ces observations positives.
Pour conclure son intervention, Aline Mercan a rappelé l'intérêt thérapeutique des huiles essentielles tout en soulignant les zones d'ombre qui subsistent, notamment l'absence de consensus scientifique sur les interactions entre huiles essentielles et antibiothérapie. Elle a soulevé des questions cruciales concernant les risques potentiels de résistances, les dosages adaptés en pédiatrie et la nécessité d'un dialogue accru entre les différents acteurs du soin. L'enjeu futur réside dans la conduite d'études complémentaires pour distinguer les effets ressentis par les patients des données cliniques objectives. Elle termine sur la nécessité de définir des repères de bonnes pratiques afin de lever les réticences et garantir la sécurité thérapeutique, permettant ainsi aux patients et aux soignants de se retrouver autour d'un usage encadré des huiles essentielles.
Ateliers et groupes de travail (choix d'un atelier sur les trois)
Présentation et prise en mains de bases de données utiles pour la pratique de la phytothérapie clinique.
Anthony Cnudde (Université Libre de Bruxelles) a animé un atelier sur la base de données Hedrine (Herb Drug Interaction Database), outil critique pour évaluer les interactions entre plantes et médicaments en pratique officinale.
Projet de création d’une licence professionnelle des métiers de l’herboristerie sur le territoire.
Manon Paul-Traversaz, docteur en pharmacie et Michel Sève, professeur à l’Université Grenoble Alpes ont présenté le projet de Licence professionnelle des métiers de l'herboristerie.
Intelligence collective pour favoriser les synergies entre le monde de la recherche universitaire et de la production de PPAM
Avec la
participation de l’AFERP - Association francophone pour l’enseignement et la
recherche en pharmacognosie. Atelier animé par Julie Infanti,
facilitatrice.
Sources : voir partie 2