Dans le premier article de cette série consacrée aux documents utiles pour comprendre ce que « placebo » signifie, je vous présentais l’ouvrage qui porte ce titre, par Jean-Jacques Aulas, en 2009.
Pour rappel, je n’évoquerai dans ces articles aucun élément théorique concernant le placebo.
Mon propos ici est plutôt de présenter la littérature actuellement disponible à ce sujet (et assimilés) dans notre bibliothèque. Et aussi quelques solides références disponibles sur internet, mais ce sera pour le troisième article.
Cet article-ci, le deuxième, va s’attacher à vous présenter quelques livres disponibles dans les rayons de notre bibliothèque et qui gravitent autour du « placebo » et des effets contextuels.

Une chandelle dans les ténèbres
C’est le nom d’une collection d’ouvrages de zététique initiée par Henri Broch (ceinture noire d’Utagaido) aux maisons d’édition book-e-book. Outre « Placebo » de Aulas (2009), nous disposons en rayons de quatre autres ouvrages de cette collection. Leurs particularités sont également leurs qualités : le coût est minime, leur lisibilité est extrême et le propos est limpide. En moins de deux heures de lecture, pour le prix de deux bières, nous voici outillés de concepts solides dans les domaines évoqués par des auteurs experts dans leurs domaines. Experts, certes, mais point pédants ; l’humour est présent, la vulgarisation n’est jamais grossière et la langue est riche plutôt que de bois. On est loin des célèbres « Que sais-je ? » en tous points, mais on gagne autant en compréhension du monde, voire plus en termes de questionnements individuels. Less is more, en quelque sorte. Et indubitablement, cette collection mérite qu’on la lise.
Attardons nous sur ces quatre chandelles qui illuminent nos rayonnages de bibliothèque de leur humble lumière, dans leur ordre de parution. Chaque citation sera attribuable à l’auteur du livre présenté.
Les fleurs du Bach Enquête au pays des élixirs / Richard MONVOISIN 2008

Ce bouquin est imposé à nos membres qui désirent emprunter le livre du Dr Edward BACH « La guérison par les fleurs » (Bach 1931, 1933). En réalité, on leur laisse le choix entre ce livre ou le fascicule du même auteur (Richard, pas Edward) « Elixirs floraux de Bach, quintessence d’une illusion » (Monvoisin 2004). Mais jamais -et ce n’est pas négociable- je ne laisserai un humain emporter « La guérison par les fleurs » sans un avertissement concret, écrit noir sur blanc. C’est mon côté dictateur assumé.

En une soixantaine de pages, Richard Monvoisin nous mène aux choix qui n’en sont plus : l’ignorance est KO et ne sera plus jamais un alibi valide autre que du mystère désigné comme tel. « Puisse ce livret simplement aider à se faire une opinion sur un sujet en connaissance de cause, et vous laisser le soin d’y introduire, ou non, une part de mystère. », conclut-il. Mais avant d’y arriver, l’auteur nous aura présenté le contexte historique dans lequel Edward Bach a pondu son œuvre, les éléments étonnants de sa théorie en médecine, comment il est possible d’enquêter rationnellement sur ce sujet et enfin, l’état actuel de ce business. Ah, si seulement Mr Edward Bach avait su que sa recette eau-éthanol (Rock water) se vendrait encore à prix si élevé en 2026, il aurait tenté de vivre un chouïa plus vieux. Personnellement, ça me donne plus envie de vivre façon Keith Richards… C’est mon côté rock’n’roll assumé.

Le lecteur va d’étonnements en étonnements à chaque chapitre, et ne se prive pas de sourire, de rire, de s’indigner et de tomber de sa chaise après avoir vu ses bras l’en tomber. Car tout est étonnant dans cette « enquête au pays des élixirs ». Même le mot élixir est étonnamment mal choisi. L’écriture de Monvoisin est limpide, riche, imagée, parfois proche de l’oralité, mais surtout sert le propos. Et jamais il ne tire sur l’homme à terre… Pourtant il y en aurait à écrire, des railleries sur Edward Bach et ses illuminations. Monvoisin ne le fait pas, et je trouve le bonhomme en cela admirable. Je pardonne à l’auteur l’absence de bibliographie : les citations proverbiales compensent largement ce manquement qui pourrait sembler rebutant. C’est mon côté fan assumé.

Ma conclusion, au finir de ce livre et de mes longues réflexions à ce sujet, est que si vous désirez des alcools à près de 1000€ la bouteille, j’ai bien mieux à vous conseiller. Et pour un « élixir » fait maison à ce prix, je vous mets les fleurs dans le glaçon et j’exhibe la vache de chez Milka sur le dos de l’éléphant de chez Côte d’Or. C’est mon côté mercantile assumé.
Et le rapport avec le « placebo » me direz-vous ? Et bien, vous avez raison de m’interpeler : outre le placebo probable, on nage ici entre d’autre biais qui peuvent se regrouper en la locution « effets contextuels ». Car oui, ça marche au dire des usagers ! Et 100% des satisfaits y reviennent, pendant qu’on ignore tout des insatisfaits… C’est mon côté méthodique assumé.
Il me reste toutefois une question à ce sujet : Edward Bach aurait-il « inventé » le microdosage d’un psychotrope nommé éthanol ?
Les médecines non conventionnelles ou les raisons d’une croyance / Jean BRISSONET 2009

Dès le préambule, Jean Brissonet (2009) pose clairement la problématique sous-jacente de l’ouvrage : « […] la science ne peut jamais faire preuve de l’inexistence d’un phénomène. On ne donc pas dire que les médecines non conventionnelles sont sans action, on peut juste affirmer qu’elles n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité. » De quoi alimenter de longs débats entre les « moi j’y crois » et les « moi je mesure », mais ce sera tout en nuances dans le bouquin. En effet, « Le but de cet ouvrage est de mieux leur faire comprendre [aux lecteurs] la différence entre croire et savoir, sans pour autant les stigmatiser ni les mépriser. ».
Dans l’introduction, on retrouve un bon descriptif du degré de preuve nécessaire à une médecine « de bonne tenue », de ce qu’est une méthode validée, et du problème de l’assurance maladie (merveille collectiviste) face aux thérapies qui n’ont pas apporté une preuve d’efficacité suffisante. Une nuance est tout de suite amenée au lecteur, et je l’ai trouvée particulièrement pertinente.
Imaginons d’abord une jolie station thermale, entourée de forêts vivifiantes, de jolies rivières à truites et de restaurants sympathiques : Spa, par exemple. Et considérons maintenant le thermalisme en tant que thérapie (crénothérapie, balnéothérapie). Tout le monde va s’accorder sur les bienfaits ressentis et l’absence d’effets secondaires d’utiliser une eau thermale et ses propriétés. Mais comment, concrètement, appliquer un système de groupe placebo ? On met un groupe dans l’eau thermale, l’autre dans l’eau du robinet ? Un groupe dans l’eau, l’autre sans eau ? Comment y parvenir dans le même bassin ? Pourrait-on comparer une journée de thermalisme à une journée de thalassothérapie, toutes deux revendiquant des thérapeutiques ? Pas simple, n’est-ce pas ?
En fin de cette lumineuse introduction, un questionnement raisonnable est posé par Brissonet (2009) à propos de l’exemple du thermalisme, et il est applicable en bien d’autres domaines : « Ne serait-il pas préférable […] d’abandonner franchement l’option thérapeutique, pour opérer une reconversion vers la médecine préventive, les séjours post-opératoires ou l’éducation à la santé, plutôt que de demander aux médecins thermalistes de se changer en prestidigitateurs, pour remplir une mission d’évaluation quasiment impossible ? ». Quinze ans plus tard (2026), on peut observer que la recherche thermale (AFRET) oriente ses appels à projets de recherche en ce sens : « on considérera, d’une part, les projets envisageant la mise en œuvre de programmes de rééducation-réadaptation en milieu thermal et, d’autre part, des situations où les soins thermaux conventionnels seront optimisés, complétés par une démarche d’éducation thérapeutique, d’activité physique adaptée, de diététique […] Sont particulièrement visées les démarches comparatives de prévention […], l’éducation thérapeutique du patient, les soins de suite, l’accompagnement du vieillissement, le soutien aux aidants, les séquelles de cancers, … ». C’était bien vu de la part de Brissonet, et inéluctable pour le secteur thermal.
Suite à l’introduction, on trouve un chapitre décrivant la situation française assez similaire à la belge. L’auteur y décrit trois types de pratique médicale : la médecine scientifique (actuellement l’evidence based medicine), les médecines marginales et les pseudo-médecines. Les médecines marginales ne sont pas enseignées dans les facultés et ne sont pas pratiquées par des médecins. Les pseudo-médecines non plus ne sont pas enseignées dans les facultés, mais elles sont pratiquées par de vrais médecins. Est-ce tolérable, est-ce condamnable ? Quelle part des médecins pratiquent ces soins ? Qu’en disent les autorités médicales telles que l’académie de médecine et l’ordre des médecins ? Ce sont ces questions délicates qui sont abordées dans ce chapitre.
S’ensuit un chapitre concis, incisif et efficace : y sont présentés les biais mis en oeuvre, consciemment ou non (mais souvent de bonne foi) par les praticiens des « médecines non conventionnelles » (médecines marginales et pseudo-médecines selon les concepts précédemment décrits). Ces pages constituent une grammaire sophistique et chacune des sept structures présentée l’est avec concision. La liste n’est évidemment pas exhaustive.
Le très puissant argument d’autorité et la soumission de l’individu et / ou du groupe à l’autorité justifient l’existence d’un chapitre qui leur est exclusivement destiné. Brissonet (2009) frappe fort dans ces pages, ciblant particulièrement des académiques -par ailleurs brillants- pour des « pitreries » (sic) commises. Savoureux et piquant, j’y ai même découvert que le féminin de gourou est gourelle. Enfin, une brève présentation de la volonté des pseudo-médecines d’entrer à l’hôpital est décrite pour la situation française avant 2009. Rétrospectivement, on peut considérer que Brissonet (2009) voyait juste et que la déshérence des structures de soins de santé dans l’Europe du nord ouvre grand les portes à cet entrisme.
Le « placebo » reçoit l’honneur d’être présenté « aux dernières nouvelles », mais il est important de se rappeler que nous lisons un texte de 2009 (et qu’un ouvrage à ce sujet paraîtra en mai 2026). J’en retiens toutefois l’invariant syllogisme que Brissonet (2009) rédige ainsi : « Les médecines non conventionnelles n’ont pas d’action supérieure à celle du placebo. Le placebo est puissant. Les médecines non conventionnelles sont donc puissantes. ». Je vous laisse savourer également la conclusion de ce chapitre : « Il faut abandonner l’idée qu’il puisse y avoir d’un côté une médecine conventionnelle, s’appuyant sur les effets spécifiques et immuables de ses traitements, et de l’autre une médecine non conventionnelle qui active des effets puissants et mystérieux. ». Quand je vous affirmais que c’était écrit tout en nuances…
Nous arrivons à l’avant-dernier chapitre intitulé « Le rejet de la médecine conventionnelle ». En 2009, année de parution de cet ouvrage, nous n’avions aucune idée de ce qui allait se passer une décennie plus tard : confinement des humains, maladresses politiques dans l’urgence d’une pandémie, hésitation des populations, absence de certitudes dans les deux camps, répression imbécile, etc. Vous pensez bien que la position de « rejet » s’est crispée par endroits. Les deux premières explications décrites, d’une part « le refus de la technicité » et « la crainte des effets secondaires » de l’autre gardent -à la louche à mayonnaise- les mêmes composantes, quoique exacerbées. Quant à la troisième explication avancée par Brissonet (2009) ; à savoir « Les dysfonctionnements de la médecine conventionnelle », j’ai pris peur. Déjà, il citait à quel point notre personnel politique était capable, à grands coups d’incompétence (si ce n’est de malfaisance), de saper tout un système de soins de santé. Et du coup, le patient s’en détourne.
Le final est assez éloigné d’un « For those about to rock … we salute you » accompagné de tirs de canons. C’est à nouveau avec beaucoup de nuances et trois exemples prudents que nous allons quitter Brissonet. Le premier nous met en évidence un des nombreux moments de validation d’un remède traditionnel par l’éclairage moderne de la pharmacie. Personnellement, c’est parmi mes plus grands kifs dans l’herboristerie : le moment où la science contemporaine vient prouver que Dioscoride usait avec pertinence d’une plante (ou pas). Le deuxième exemple mobilise l’acupuncture car il est prouvé que les aiguilles ont plus d’effet que pas d’aiguilles, mais il semblerait que ce ne soit pas une affaire de méridiens. Donc, on n’a pas fini d’en parler, de ces piquettes étranges. Le troisième exemple présente l’hypnose, et plus précisément l’hypnosédation en accompagnement de l’anesthésie, désormais bien établie en milieu hospitalier. Je vous cite en exemple récent la pratique du CHU de Liège : « L’hypnosédation est une technique pratiquée par un(e) anesthésiste. Elle associe l’hypnose, la sédation intraveineuse consciente et une anesthésie locale du site opératoire si une chirurgie est prévue. »
Je déplore, pour ce livre comme dans celui de Monvoisin (2008), l’absence de bibliographie. Pourtant, chacun des concepts cités mérite l’une ou l’autre référence, ne fut-ce que pour aller plus loin dans la documentation. De plus, Jean Brissonet est agrégé de physique, c’est-à-dire qu’au-départ, je ne le perçois pas spécialement expert dans le domaine de la médecine. Je pourrais me méfier. Préalablement, j’imaginais l’auteur d’un tel ouvrage comme étant sociologue ou psychologue. Et là où un argument d’autorité agit sur moi quand je lis Monvoisin, il est hélas moindre quand je découvre Brissonet (désolé mec, reconnais ma lucidité, toutefois …).
En conclusion, j’ai -comme pour les autres ouvrages de la collection- vécu un moment de lecture plaisir, découverte et amusement. Ma curiosité a été titillée à bien des moments, mes neurones ont eu besoin de digérer certains éléments, et je recommande à mes contemporains ces pages qui n’ont pas si mal vieilli que ça. Probablement que les mises à jours les plus importantes à mener concernent la part consacrée au « placebo ».
De granules en aiguilles … L’homéopathie et l’acupuncture évaluées / Jean-Jacques AULAS 2010

On retrouve Aulas, dont nous avions parlé pour l’ouvrage « Placebo » (2009). Son but, ici, est de « […] se tourner vers l’évaluation clinique de l’homéopathie et de l’acupuncture. ». Cette tâche immense est réalisée en 45 pages bien aérées, conclusion comprise. Le temps de lecture sera donc bref, bien qu’indispensable. Comme dans son précédent texte, le langage est simple sans souffrir d’imprécision, facilitant plus encore la tâche au lecteur. Donc, sur la durée d’une consultation d’homéopathe, et pour le cinquième du prix, vous avez ici une chandelle bien utile pour éclairer vos décisions en matière de soins, ce qui fait de ce moment de lecture un excellent investissement.
Le texte est séparé en deux grandes parties. La première consacre son encre à l’homéopathie, son implantation historique et son évaluation au regard de la science , et la seconde à l’acupuncture selon la même structure, et plus précisément les « pouls, points et méridiens, circulation énergétique existent-ils vraiment ? ». Observons que nous avons face à nous deux pratiques extrêmement différentes dans leur inscription historique : un peu plus de deux siècles de controverse pour l’une, plusieurs millénaires d’ancrage traditionnel pour l’autre. C’est un détail qui rend la structure du livre, selon moi, pertinente.
Nous avions découvert Aulas peu tendre avec l’homéopathie. Pas de surprise, il reste cohérent ici et conclut qu’« […] il est évident que l’homéopathie n’a jamais réussi à montrer que ses médicaments possédaient un effet thérapeutique supérieur à celui d’un placebo. » en soulignant l’importance des effets contextuels entourant cette pratique. Il conclut avec bien plus de nuances concernant l’acupuncture : d’abord, il écrit « […] certains essais bien construits et bien menés ont montré que ce traitement possédait un effet spécifique, c’est à dire supérieur à l’effet placebo, dans le traitement des vomissements postopératoires. » et poursuit « Dans le domaine du traitement de la douleur […], aucune différence entre la vraie acupuncture et l’acupuncture placebo. ».
Loin de limiter le livre à sa conclusion, je vous recommande chaleureusement la lecture de ce très petit ouvrage, en tout ou en partie. Aucune dilution n’est appliquée par l’auteur, et il pique juste sur le point de méridien qui stimule le cortex.
Les compléments alimentaires et leurs effets sur la santé / Nadine martinet 2017

Ha. Celui-ci, c’est celui que j’ai le moins savouré. Tout d’abord, je ne me suis jamais beaucoup intéressé à ce sujet, préférant une ressource végétale plus directe, plus en contact avec son terroir, et des transformations plus traditionnelles, plus adaptées à l’autoproduction. Les compléments alimentaires et leurs effets de mode successifs, c’est juste pas mon truc. Ensuite, parce que la structure même de l’écrit m’a semblé moins amusante. Le contenu en lui-même nécessitant rigueur et structure, on peut difficilement en vouloir à l’auteur. En effet, comment présenter les vitamines sans passer par une liste alphabétique de A à K sans passer par le F ? Martinet (2017) a bien fait le job, c’est le lecteur que je suis qui n’y a pas trouvé un plaisir qu’il attendait.
Pourtant, je devrais plus m’y intéresser : déjà en 2017, les compléments alimentaires représentaient, selon les chiffres avancés par Martinet, un marché qui brasse 1,5 milliard d’euros, uniquement pour la France. Je n’ai aucune idée de l’évolution du marché sur les cinq dernières années, mais j’ai intuition que ce secteur reste en évolution économique, déversant ses nutriments (vitamines et minéraux) et autres substances (acides gras et acides gras, enzymes, pré et probiotiques, extraits botaniques) dans nos organismes.
Le marché français, probablement similaire au belge, prétend répondre essentiellement à trois demandes : « […] combattre le stress, les problèmes de sommeil, […] mincir. ». Les prétentions sont donc aussi grandes que floues.
La situation des compléments alimentaires, au regard de ces éléments, nécessite un éclairage, fut-il à la chandelle, et le livre répond bien à ce besoin. L’auteure passe tout d’abord et pour ce faire par la définition, la réglementation européenne y compris les allégations, poursuit par la possible évaluation méthodologique des effets (relatifs) des compléments alimentaires, présente les consommateurs, liste les vitamines, questionne l’apport de vitamines dans nos pays développés, établit un bilan des connaissance et conclut par un propos sur la nutrivigilance.
Particularité de ce livre, il présente des encadrés. Je vous cite mon favori, et ainsi, la messe est dite, ite missa est, et vive les frites bien grasses : « Toutes les études l’ont montré : l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, la classe socio-économique, et l’activité physique influent sur la consommation de CA. Ceux qui en consomment le plus sont ceux qui n’en ont pas besoin. »
Si le sujet des compléments alimentaires vous intéresse, ce qui est peu mon cas, vous l’aurez compris, ce livre est un excellent état des lieux, récent, et bien construit. C’est également celui qui présente au mieux l’importance des méta-analyses, tout en évoquant très peu le « placebo » et les effets contextuels.
Olivier BERNARD aka Le PHARMACHIEN
On traverse l’Atlantique, et on s’arrête quand ça sent le sirop d’érable qui cuit dans la cabane à sucre. Nous sommes à Montréal, Canada, l’auteur a pour pseudo « Le Pharmachien » et pour véritable identité Olivier Bernard. À la bibliothèque, nous disposons d’une trilogie du bonhomme, et sacrebleu, j’adore la parcourir. C’est saturé de couleur, y’a des morceaux de punk qui flottent en surface, y’a de la cervelle qui devient turgescente, des caricatures hurlantes et des arguments qui ont pas d’allure pris pour des arguments qui ont pas d’allure. Bref, à mon goût, tout va bien dans ces livres, y compris les aspects rugueux, voire agressifs. Bémol pour un ressenti moralisateur, mais passons. Et en bonus, avec cette triplette en papier d’érable (je plaisante : c'est imprimé en Chine), on agrémente notre francophonie de quelques locutions exotiques ; on sent que le chum va pas nous enfirouaper.
Les trois ouvrages de Bernard (2014, 2017, 2020) ne sont pas spécialement centrés sur le « placebo » ou les effets contextuels. Cependant, on peut trouver de quoi satisfaire quelques éléments intéressants concernant ces concepts dans le premier et le troisième volume : le deuxième est essentiellement centré sur le bon sens à appliquer lors de la survenance de bobos du quotidien.
Dans les trois livre, les références, bien plus qu’une bibliographie, sont nombreuses et bien choisies. Elles sont par ailleurs regroupées selon les concepts abordés, ce qui est le bienvenu pour éviter l’argument d’autorité et tant ils sont riches et nombreux.
Différencier le vrai du n’importe quoi en santé ! / Olivier BERNARD 2014

On retrouve, après un drôle d’historique de la santé, une cinquantaine de pages qui différencient « le côté lumineux et le côté obscur des soins ». Le trait est un peu forcé, certes, et c’est le but avoué (« une déclaration de guerre »), mais le chevalier blanchi de son tablier d'officine tente des moments de réconciliation, pour autant que le côté obscur soit sous la surveillance u côté lumineux. J’ignore ce qui se passe au Canada, mais cette apparente radicalité me laisse à penser que le chum a dû voir passer de drôles d’embrouilles. La polarité est moins marquée lorsque Bernard (2014) aborde l’apparente opposition entre le naturel et le chimique et on le surprend à de fines nuances quand il affirme avec provocation bien illustrée que « ces médicaments pourraient te tuer ».
La section 2 se centre sur l’esprit, sa force et ses mystères. Autant vous avertir : les anges, le reiki, la guérison par la pensée, l’homéopathie, l’irrigation du côlon et la thérapie quantique ont perdu leurs batailles. Rudement. Tant que cette escouade est encore au sol, occupée à ramasser ses dents avec ses doigts cassés, Le Pharmachien s’attaque aux mythes entourant les toxines, à l’attitude de l’hyperscience (si si, et même avec pugnacité) et à la mésinformation entourant les vaccins. Ouf.

La dernière section est éducative et guide le lecteur sur le chemin de la sagesse en matière de soins et de santé, histoire de « survivre à un dîner de famille ». J’ai été extrêmement touché par les pages décrivant la différence entre la déprime et la dépression. On ne rigole plus, du tout. Le dessin plonge dans l’obscur, l’écrit est sobre. Quasiment comme si l’on préparait un enterrement, représenté dans la dernière cas du récit. Ensuite, le ton tente de reprendre sa hauteur de drôlerie dans un chapitre consacré au stress, mais le cœur n’y est plus trop.
L’épilogue nous propose une vision cyber de l’humain, peu enviable quand on y regarde de plus près. L’alternative proposée par Bernard (2014) est définie par lui-même comme étant « l’homo salveo ». « L’Homo salveo est un être humain bien ordinaire, mais pour qui prendre soin de sa santé est normal et routinier. Ainsi, il ne pense même plus à sa santé tellement c’est normal pour lui d’y faire attention. ». Idyllique, j’avoue. Ça va toutefois demander de fameux efforts collectifs, ce beau devenir, si l’on vise à inclure celles et ceux qui n’ont plus, depuis longtemps, accès à ce routinier, érodant chaque instant leur capital santé par absence de capital pécuniaire.
Vous l’aurez compris, je recommande ce livre, dès 12 ans. Voire 10 pour les plus précoces du cerveau. À l’inverse, les lecteurs plus traditionalistes auront peut-être quelques difficultés à adapter leurs yeux au côté nerd et saturé.
La bible des arguments qui n’ont pas d’allure / Olivier BERNARD 2017

C’est dans ce volume que le propos va le plus se centrer sur les composantes des effets contextuels et l’argumentaire qui les sous-tend. Ainsi, l’auteur démonte avec clarté trente-cinq arguments souvent usés par « le côté obscur des soins » comme il le décrivait dans le livre précédent. Sans verser dans la méchanceté tout en usant de la caricature, le propos est direct, parfois familier, toujours efficace, et souvent nuancé. Quant au graphisme, j’ai l’impression qu’il est encore plus saturé de couleurs et de dessins que les autres livres de la série et… j’adore !
Bonus, on peut ouvrir à n’importe qu’elle page, s’imprégner du concept, refermer et y revenir à une autre occasion, à une autre section du bouquin. Ça le rend parfait pour la table de nuit, les bagnes, le petit moment récréatif, etc. Par contre, je pense que ce volume est moins accessible aux plus jeunes, quoiqu’il puisse être un formidable outil pédagogique pour les 11-15 ans (donc accompagnés).
Guide de survie pour petits et grands bobos / Olivier BERNARD 2020

Pas de trace explicite de placebo ici : l’auteur centre son propos sur le bon sens à appliquer face aux bobos quotidiens. Et comme il en rajoute d’immenses couches (une plaie, c’est forcément causé par l’attaque perfide d’un zombie dégoulinant de pus), tout est drôle. Le grand intérêt sera économique : la grosse vingtaine d’euros dépensés pour le livre ne partira pas en achats pharmaceutiques douteux. Ainsi passent à la trappe les « gels bleus douteux […] aussi efficaces que […] de la sauce à steack », « le bracelet anti-nausée […] look quétaine garanti », le « sirop tout-en-un multi-symptômes au goût dégueu », « le Vicks sous les pieds » et autres joyeusetés. On frise parfois le gros cracra ; l’épisode de la tourista, de la « mutation périanale spontanée » sont à deux doigts du dérapage, mais inutile de planquer les enfants, au contraire (sauf pour le petit « Pépin de Mûre » qui a déjà une tendance hypocondriaque).

Il y en a un peu plus, je vous le mets quand même ?
Pour terminer cette revue de livres disponibles chez Folia officinalis, et sans développer leur contenu, parce que cela fera l’objet d’autres articles, citons encore deux ouvrages qui abordent les effets contextuels et / ou le « placebo » :
La théorie des signatures végétales au regard de la science / Guy DUCOURTHIAL 2017
Guérir. Ce que soigner veut dire / Aline Mercant 2026
Et ensuite ?
Dans le prochain épisode consacré aux ressources intéressantes pour mieux comprendre le « placebo » et les effets contextuels, nous partirons sur la toile. Car nous vous avons trouvé d’excellents documents numériques, qu’ils soient écrits, audio ou vidéo.

Bibliographie
Aulas, J.-J. (2009). Placebo et effet placebo en médecine. Book-e-book.
Aulas, J.-J. (2010). De granules en aiguilles.… Book-e-book.
Bach E. (2017). La guérison par les fleurs. Le courrier du livre.
Bernard O. (2014). Différencier le vrai du n’importe quoi en santé. Les éditions les Malins.
Bernard O. (2017). La bible des arguments qui n’ont pas d’allure. Les éditions les Malins.
Bernard O. (2020). Guide de survie pour petits et grands bobos. Les éditions les Malins.
Brissonet J. (2009). Les médecines non conventionnelles ou les raisons d’une croyance. Book-e-book.
Ducourthial G. (2017). La théorie des signatures végétales au regard de la science. L’Harmatan.
Martinet N. (2017). Les compléments alimentaires et leurs effets sur la santé. Book-e-book.
Monvoisin R. (2008). Les fleurs de Bach, enquête au pays des élixirs. Book-e-book.
Monvoisin R. (2004). Élixirs floraux de Bach, quintessence d’une illusion. Observatoire zététique.
Sitographie
Henri Broch (Wikipédia)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Broch
Microdosage (Wikipédia)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Microdosage
Association française pour la recherche thermale
https://www.afreth.org/appel-a-projets/
Hypnosédation (CHU Liège)
https://www.chuliege.be/jcms/c2_17513211/en/anesthesie-reanimation/l-hypnosedation
Le site de Olivier Bernard aka Le Pharmachien
Le podcast « Dérives » de Olivier Bernard aka Le Pharmachien
https://derives.lepharmachien.com/
