Le guide idéal pour s'initier en toute sécurité ?
Se lancer dans la cueillette sauvage est un exercice risqué. Sur les 8 500 espèces de plantes sauvages que l'on recense en France, seules 2 000 sont comestibles… et plus de 400 sont toxiques. Face à ces chiffres, l'ouvrage Apprendre à cueillir les plantes sauvages comestibles et médicinales se propose d'être un condensé de plusieurs années de recherche et de pédagogie, pour nous accompagner sur le chemin de l'autonomie.
Alors, pari réussi ? Voici mon analyse complète de ce livre qui donne les bons outils pour observer le terrain, reconnaître les familles de plantes et progresser en toute sécurité.
Les visages derrière le guide : l'expertise « Chemin de la Nature »
Ce manuel n'est pas sorti de nulle part. Il est le fruit du travail de Christophe de Hody et Aymeric de Kerimel, deux figures bien connues des passionnés de cueillette. Leur ambition commune ? Lutter contre ce qu'ils nomment « l'amnésie botanique », ce phénomène moderne qui nous a fait perdre le lien avec la flore qui nous entoure, au point de ne plus savoir distinguer un remède d'un poison. Ils ont voulu concevoir l'outil accessible et rigoureux qu'ils auraient aimé posséder à leurs propres débuts.
Le profil des auteurs apporte une grande crédibilité à l'ouvrage :
- Christophe de Hody :
botaniste et mycologue de terrain formé dans plusieurs grandes institutions. Fondateur
de la structure « Le Chemin de la Nature », il transmet son savoir
depuis plus de 15 ans et collabore aussi bien avec des chefs cuisiniers qu'avec
un comité de scientifiques (pharmaciens, pharmaco-chimistes).
Il est également l'auteur de Cueilleur urbain (Arthaud) et de Les bienfaits des arbres (EPA, Hachette). - Aymeric de Kerimel : diplômé
en écologie, agro-écologie et mycologie. Rédacteur en chef au sein du Chemin de
la Nature et fondateur de l’Éveil Sauvage, il mène des travaux de recherche
indépendants (notamment en toxicologie fongique et ethnobotanique) et prône une
approche où la connaissance du milieu mène naturellement à sa préservation.
Il a par ailleurs coécrit Forêts (La Relève et la Peste) et Pierres d'encre n°11 (Le Temps des rêves).
L'introduction : une approche sérieuse et sécuritaire
Ce que j’ai particulièrement apprécié dès les premières pages, c’est l'honnêteté des auteurs. Ils le disent d’emblée : ce livre ne remplacera jamais les heures passées sur le terrain à côtoyer le vivant. Son but est ailleurs : faciliter l'autonomie d'une cueillette sécurisée en posant les bases indispensables de la botanique pour structurer notre regard et éviter les erreurs classiques.
L’introduction brille par la pertinence de ses mises en garde. Les auteurs y décortiquent avec une grande précision des notions parfois floues pour le grand public :
- comestible vs consommable : une nuance trop souvent oubliée;
- la spécificité des parties : une même plante peut offrir un trésor et un poison. L'exemple parfait de l'if est cité, dont l'arile (la chair rouge entourant la graine) est comestible, alors que la graine elle-même est mortelle;
- le stade de développement : le fruit de la morelle noire est toxique lorsqu'il est vert, mais devient comestible en petite quantité une fois noir et bien mûr;
- le mode de préparation : certains glands de chêne sont toxiques crus mais parfaitement sains une fois cuits;
- la dose et la récurrence : la tanaisie tolère une consommation minimale mais devient toxique à haute dose. Plus subtil encore, la consoude présente une toxicité à long terme (effets cancérigènes) en raison de ses alcaloïdes pyrrolizidiniques;
- contre-indications et interactions : les auteurs rappellent que même les plantes destinées à l'alimentation courante — pas seulement à un usage médical — comportent des risques d'interactions et des contre-indications.
Les bienfaits écologiques et humains de la cueillette domestique
Le livre propose une réflexion passionnante sur notre rapport aux écosystèmes. On évoque souvent l'impact de la cueillette commerciale sur la raréfaction, voire la disparition, de certaines espèces. Face à ce risque de surexploitation, les auteurs défendent une autre voie : informer et former des cueilleurs à des pratiques locales, douces et familiales, plutôt que de mettre la nature « sous cloche » — une approche qu'ils jugent contre-productive.
Selon eux, la cueillette domestique raisonnable permet de :
- développer une meilleure compréhension des organismes vivants, de l'histoire locale et de leur interdépendance, pour participer activement à la biodiversité ;
- réduire la dépendance envers l'agriculture et l'agro-industrie, limitant ainsi les impacts environnementaux associés (déforestation, pollution de l'eau, gaz à effet de serre) tout en diminuant les risques de famines ou de maladies ;
- profiter d'effets bénéfiques sur la santé grâce au temps passé au contact du végétal — par la vue et l'odorat — agissant directement contre le stress, l'anxiété, la dépression, et même sur la criminalité.
L'introduction se referme sur des repères de lecture (les usages médicinaux mentionnés pour la flore sauvage française sont reconnus par les autorités sanitaires européennes) et sur des conseils pour progresser : observer par soi-même, multiplier les sorties et les stages, et compléter sa lecture avec d'autres ouvrages.
Premier chapitre : règles et matériel de cueillette
Ce chapitre pose le code de bonnes pratiques indispensables sur le terrain :
- identification sûre : être certain à 100 % avant de cueillir,
- respect du milieu : repérer les espèces rares ou menacées, éviter la surcueillette et s'assurer d'avoir les autorisations requises,
- vigilance sanitaire : porter une attention particulière aux zones polluées ainsi qu'aux parasites (comme l'échinococcose).
Pour partir bien équipés, les auteurs listent le matériel nécessaire et donnent des conseils pratiques pour s'adapter à la météo, qu'il fasse un temps pluvieux, froid ou chaud.
Savoir décrire les plantes
Ce chapitre est une vraie réussite pédagogique. Les auteurs passent au crible la morphologie végétale :
- les feuilles : rôle, description, disposition, forme générale du limbe, marge, nervation, forme du pétiole, stipules et couleurs,
- les fleurs : rôle, description, inflorescences, bractées, sépales, pétales, étamines, carpelles,
- le reste de la plante : rôle et description de la tige, des fruits et des racines.
Sur la forme, les schémas anatomiques sont clairs et soutiennent efficacement un texte résolument pédagogique. L'usage d'une flore classique s'avère souvent complexe pour un néophyte, en raison de la densité des termes techniques. Ce manuel lève ce frein en rendant l'apprentissage de la nomenclature et des critères d'identification accessible à tous. Seul bémol sur ce point : j'aurais aimé voir, en complément des dessins au trait, quelques illustrations en couleur — elles auraient sans doute facilité encore davantage la mémorisation visuelle.
Clés des principales familles de plantes
C'est la partie technique du livre. On y trouve deux clés d'identification des principales familles de plantes :
- une première clé, très simplifiée, idéale pour les tout débutants qui veulent dégrossir le terrain,
- une seconde clé, beaucoup plus complète, qui se rapproche fortement de la structure d’une flore classique.
Le test pratique : j'ai
joué le jeu et testé cette seconde clé sur une de mes plantes préférées, le Calendula
officinalis. Le verdict ? Le cheminement est parfaitement correct et pas très compliqué si on a bien intégré les notions présentées précédemment dans le livre. Voici le
trajet complet, étape par étape :
Clé 1
1a : plante non verte et
sans feuilles -> clé 2
1b : plante
verte -> clé 5
Clé 5
5a : petite plante plus ou moins ronde flottant sur l'eau : aracées
5b : plante
différente -> clé 6
Clé 6
6a : arbre ou arbuste sans fleurs, à graines jamais contenues dans un fruit, à feuilles en forme d'aiguilles ou d'écaille -> clé 7
6b : arbre,
arbuste ou autre, à fleurs ou à fruits -> clé 12
Clé 12
12a : plante à nervures parallèles -> clé 14
12b : plantes à
nervures non parallèles, au moins les nervures secondaires -> clé 22
Clé 22
22a : fleurs sans pétales u sans sépales -> clé 23
22b : fleurs à
pétales et sépales -> clé 58
Clé 58
58a : pétales libres -> clé 59
58b : pétales
soudés, au moins à la base -> clé 105
Clé 105
105a : plante ligneuse -> clé 106
105b : plante
herbacée ou ligneuse seulement à la base -> clé 113
Clé 113
113a :
inflorescence en capitule -> clé 114
113b : inflorescence différente -> clé 118
Clé 114
114a : pétales et sépales en dessous des fuites (ovaire supère) -> clé 115
114b : pétales
et sépales au-dessus des fruits (ovaire infère) -> clé 116
Clé 116
116a : étamines par 4, un calicule double le calice : caprifoliacées
116b : étamines
par 5, pas de calicule -> clé 117
Clé 117
117a : feuilles alternes, anthères libres, fleur hermaphrodite, fruit en capsule : campanulacées
117b : feuilles
opposées ou alternes, anthères libres ou soudées, fleurs hermaphrodites ou
unisexuées, fruit en akène : astéracées, p. 62
Un petit détail qui facilite grandement le cheminement : chaque terme technique apparaît en vert dans le texte, signe qu'il est repris et défini dans le glossaire en fin d'ouvrage. Impossible donc de rester bloqué sur un mot inconnu en cours de route.
Il y a toutefois une limite structurelle à garder en tête : contrairement à une flore complète, cette clé ne mène pas jusqu'à l'espèce précise, mais s'arrête à la famille de la plante — dans mon test, celle des astéracées.
Pour mesurer l'écart, j'ai refait le même exercice avec une flore classique, la Flore écologique de Belgique, en partant du même Calendula officinalis :
Clé générale
1
1.1 plantes non chlorophylliennes, sans
feuilles ou feuilles réduites à des écailles -> groupe A : plantes parasites
ou saprophytes
1.2 plantes présentant des organes végétatifs
chlorophylliens -> 2
2
2.1 plantes herbacées
-> 3
2.2 plantes ligneuses : arbres,
arbustes, lianes ou arbrisseaux : groupe B : plantes ligneuses
3
3.1 Plantes aquatiques des eaux stagnantes
ou courantes : groupe C : plantes aquatiques
3.2 plantes terrestres,
y compris du bord des eaux -> 4
4
4.1 plantes à jeunes feuilles gén. enroulées
en crosse au sommet, portants des sporanges (Ptéridophytes) -> groupe D
Fougères
4.2 plantes à jeunes feuilles
non enroulées en crosse au sommet, sans sporanges, à fleurs et fruite
(Angiospermes) -> 5
5
5.1 plantes à fleurs, à
2 enveloppes florales, des sépales et des pétales distincts, facilement observables
-> groupe E : plantes à fleurs, à sépales et pétales distincts
5.1.1 Fleurs à symétrie bilatérale
-> groupe E1
5.1.2 Fleurs à symétrie
radiaire -> groupe E2 (p.49)
5.2 plantes à fleurs, à 1 enveloppes florales (des sépales et des pétales ou des tépales), ou à pièces florales difficilement observables -> groupe F : plantes à fleurs, à sépales et/ou pétales, soit absents, soit non distincts
Groupe E2
1
1a : plantes à feuilles
particulières : soit charnues-succulentes, soit hérissées d’épines, soit
couvertes de glandes capturant des insectes -> 2
1b : plantes à
feuilles ne montrant pas de telles particularités -> 5
5
5a : fleurs toutes unisexuées
-> 6
5b : fleurs
hermaphrodites -> 7
7
7a : fleurs
groupées en capitule ou en ombelle simple (plus de deus fleurs) ou composée
-> 8
7b : fleurs solitaires ou
groupées par 2 ou en un autre type d’inflorescence -> 17
8
8a : fleurs groupées en ombelle
simple ou composée -> 9
8b : fleurs
groupées en capitule, à pétales soudés, au moins en partie, en tube à 4-5 lobes
-> 14
14
14a : feuilles linéaires,
enroulées, toutes basilaires. Fleur roses. 5-mères, groupées en capitule
terminal solitaire, à nombreuses bractées. Sépales et pétales un peu soudés à
la base. Etamines non soudées à la corole.. Plantes des milieux littoraux ->
Armeria (Plumbaginaceae)
14b : feuilles
linéaires, non enroulées, ou lancéolées à ovales, entières, dentées à
pennatiséquées, basilaires ou caulinaires. Plantes d’autres milieux possibles
-> 15
15
15a : feuilles opposées, entières
à pennatiséquées. Calice doublé d’un épicalice entourant l’ovaire. Corole en
tube à 4-5 lobes, plutôt asymétrique -> Caprifoliaceae
15 b : feuilles
alternes ou opposées, dentées à pennatiséquées. Calice non doublé d’un
épicalice. Corole en tube à 4-5 lobes (parfois divisée jusqu’à la base), plutôt
symétrique -> 16
16
16a : feuilles lancéolées,
entières ou crènelées. Fleurs bleues à lilas, à pétales d’abord en tube, puis
divisés jusqu’à la base en 5 lobes linéaires, à style très saillant. Fruit :
capsule. Plantes des landes sèches -> Jasione (Campalunaceae)
16b : feuilles ‘autres
formes possibles, gén. dentées à très découpées. Fleurs d’autres couleurs
possibles, à pétales soudés en tube à 4-5 dents, à style peu saillant. Fruit :
akène. Plantes gén. des sites rudéralisés -> Asteraceae.
Soit 13 étapes, contre 11 pour la clé du livre — un écart finalement plus modeste que ce à quoi je m'attendais en nombre de choix à faire. La vraie différence se joue ailleurs, dans le vocabulaire : dès les premières étapes, la flore classique impose des termes nettement plus techniques — « plantes non chlorophylliennes », « saprophytes », « sporanges (Ptéridophytes) », « Angiospermes », « épicalice », « corolle asymétrique » — quand la clé du livre reste sur un vocabulaire plus directement descriptif, et surtout balisé par le glossaire en vert évoqué plus haut. C'est là, je trouve, que le livre remplit vraiment sa mission d'accessibilité : moins dans le nombre d'étapes que dans la manière de les rendre franchissables sans dictionnaire de botanique à côté de soi.
Et c'est déjà précieux : reconnaître la famille permet immédiatement de savoir si l'on se trouve dans un groupe à risque (comme les Orobanchacées ou les Rubiacées, majoritairement toxiques) ou dans un groupe globalement sûr (comme les Lamiacées, qui ne comptent aucune plante mortelle).
Les principales familles de plantes
L'ouvrage passe ensuite en revue ces grandes familles. Pour chacune d'elles, on retrouve les critères de reconnaissance, la comestibilité, l'espèce phare associée, la toxicité, les usages médicinaux et les contre-indications. Des dessins au trait, des touches de couleur et quelques anecdotes rendent la lecture vivante — le ton n'est jamais rébarbatif. La section s'achève sur une description plus sommaire des familles secondaires.
Les principales plantes sauvages toxiques
L'usage du livre reste très sécuritaire grâce à la partie dédiée aux principales plantes sauvages toxiques, systématiquement introduite par une mise en garde. On y retrouve la description botanique, la toxicité et, surtout, les risques de confusion. Pour n'en citer que deux : la ciguë (toxique), petite ou grande, peut facilement être confondue avec la carotte sauvage, et le muguet (toxique) avec l'ail des ours !
Un bémol cependant : les auteurs précisent eux-mêmes qu'on aurait pu ajouter à cette liste d'autres plantes toxiques pourtant assez communes et souvent responsables d'intoxications, comme la belladone, la bryone, le datura, le perce-neige, le houx, la jonquille, le laurier rose, l'ornithogale en ombelle ou le laurier-cerise. Le problème, c'est qu'aucune explication n'est donnée sur ce choix de ne pas les intégrer : on ne sait pas s'il s'agit d'un manque de place, d'un critère de fréquence de rencontre sur le terrain, ou d'autre chose. Ce paragraphe donne un peu l'impression d'avoir été ajouté à la dernière minute. J'aurais aimé une explication sur cette non-intégration, et surtout au moins un dessin pour chacune de ces plantes : je ne connaissais pas, par exemple, l'ornithogale en ombelle, et un simple nom sans illustration ne m'aide pas à la reconnaître sur le terrain.
Cuisine du quotidien aux plantes sauvages : une approche sensorielle
J’ai eu un coup de cœur pour la philosophie qui émane de la partie culinaire. On nous invite à sortir, observer et cueillir dans le respect total de la nature, mais en éveillant d'abord nos sens.
En botanique, le débutant a trop souvent le réflexe de n'utiliser que ses yeux, en oubliant de sentir ou de goûter. Pourtant, l'odorat est un premier indicateur d'usage. Le livre prend l'exemple de la benoîte urbaine : sa racine dégage une odeur de clou de girofle, ce qui indique qu'on peut l'employer en cuisine partout où l'on utiliserait cette épice. Le second aspect reste visuel, en jouant sur l'esthétique et la couleur de la plante ou de ses feuilles, pour le plaisir des yeux.
Pour passer aux fourneaux, le livre propose deux approches :
- la substitution qui consiste à remplacer simplement un ingrédient du quotidien par une plante sauvage,
- suivre des recettes déjà établies.
On y trouve également quelques préparations à base de plantes crues, des cuissons modérées ou vives, l'usage des épices et des condiments, ainsi que la confection de sirops et de confitures.
Pour prolonger le plaisir, les quatre grandes méthodes de conservation des plantes sont reprises, mais par contre non détaillées : séchage, congélation, stérilisation et réfrigération — ce n'est ceci dit pas l'objet du livre d'entrer dans le détail de ces techniques.
Préparations médicinales de base
Cette dernière section, volontairement courte, pose les bases pour transformer ses plantes : le séchage, la réalisation de tisanes et les macérations alcooliques.
Les auteurs rappellent l'importance de s'appuyer sur des savoirs traditionnels séculaires, tout en se méfiant des remèdes à la mode ou des simples « conseils de grand-mère » non vérifiés. Ils avancent une idée simple mais éclairante : les usages qui se sont transmis, répandus, voire partagés par des populations sans contact entre elles, ont davantage de chances d'être réellement efficaces que des pratiques très localisées, jamais reprises ailleurs ni dans le temps.
L'exemple de l'ortie illustre parfaitement cette rigueur : plus de 200 indications lui ont été attribuées au fil du temps, mais la plupart sont probablement inefficaces, et seules 4 indications sont retenues aujourd'hui.
L'usage médicinal ne s'improvise pas, et la posologie ne se devine pas : le livre alerte sur les risques de surdosage, les contre-indications majeures, les interactions médicamenteuses et les erreurs d'étiquetage. Il ne faut pas jouer les apprentis sorciers.
C'est d'ailleurs la brièveté de ce chapitre qui me laisse le plus perplexe dans cet ouvrage. Ne rester que sur 2 pages pour couvrir séchage, tisanes et macération alcoolique, c'est à mon sens trop peu (ou de trop !) : certes, ce n'est pas l'objet d'un livre sur la cueillette que d'entrer dans le détail de ces préparations, mais en dire trop peu comporte justement un risque de mésusage. Je pense même que les auteurs n'auraient pas dû inclure la macération alcoolique, qui reste une préparation plus délicate à manier sans un minimum d'accompagnement. Et puisqu'ils ont fait ce choix, ils auraient dû, par cohérence, consacrer au moins un exemple à la macération huileuse, qui est autrement plus accessible et moins risquée pour un débutant.
La fin de l'ouvrage
L'ouvrage se termine sur le glossaire très bien conçu, qui vulgarise avec des définitions courtes et des mots simples les termes botaniques, herboristes et médicaux (comme la dermatite séborrhéique), suivi des très nombreuses sources et des remerciements.
Sur le plan pratique
Le livre est compact et facile à emporter. La couverture cartonnée est un vrai plus : elle rend l'ensemble très solide, taillé pour suivre son propriétaire en promenade sans s'abîmer. Seul petit bémol côté format : il est un peu grand pour se glisser dans une poche. Mention spéciale par contre pour les bords arrondis de la tranche : un détail ergonomique bienvenu, pour ne pas abîmer le livre — ni son sac, ni se faire mal — en cours de randonnée.
Un carnet de cueillette peut être acheté en complément
Il est possible d'acheter séparément un carnet de cueillette. Je m'attendais à de simples pages blanches pour prendre des notes ; j'ai eu la surprise de découvrir un véritable recueil de fiches d'observation structurées (chaque fiche compte 3 pages de critères et 1 page de notes). Côté format, le carnet reprend quasiment les mêmes dimensions que le livre, avec une couverture plus souple et une épaisseur à peine moindre — seul regret, les coins de la tranche ne bénéficient pas des mêmes bords arrondis que le livre, dommage pour un objet lui aussi destiné à suivre son propriétaire sur le terrain. J'aurais également préféré une reliure à spirales : plus pratique pour remplir les fiches à plat, notamment en extérieur.
Ces fiches permettent de se servir des clés de détermination reprises à la fin du carnet. Cette redondance par rapport au livre me semble en réalité assez peu utile, à la réflexion : avoir deux ouvrages séparés fonctionne justement bien parce qu'on consulte l'un pendant qu'on écrit dans l'autre, ce qui évite les allers-retours permanents à l'intérieur d'un même carnet entre les pages de clés et les pages de fiches. Reprendre les clés dans le carnet n'apporte donc pas grand-chose de plus que d'avoir simplement le livre ouvert à côté de soi. Remplir soi-même une fiche, en revanche, reste une bonne idée en soi : la démarche est plus active que la simple lecture du livre, elle aide à mieux mémoriser les critères d'identification, et permet de garder le livre "propre" sans avoir à y noter quoi que ce soit.
On y renseigne les informations générales (nom, famille, date et lieu de cueillette), puis la description botanique de la racine, de la tige et des feuilles (implantation, pétiole, stipule, pilosité, limbe, contour général, feuilles ou folioles simples, feuille composée, marge, base et apex du limbe, nervation, et d'autres éléments). Viennent ensuite l'inflorescence (simple ou complexe), puis pour les fleurs : couleurs, symétrie, calice, corolle, androcée, gynécée ; et pour le fruit : simple ou complexe, sec ou charnu.
Toutes ces notes permettent de mieux utiliser la clé de détermination — un exercice particulièrement utile quand on a envie d'étudier une plante de près. Cela aiguise aussi l'observation : il existe de nombreux livres avec des descriptions botaniques, mais rien ne vaut le fait d'observer soi-même, de noter, puis de comparer avec un ouvrage de référence pour vérifier si l'on a vu juste. Ce petit carnet est vraiment le bienvenu.
Mon verdict
Quelques réserves
demeurent : les plantes toxiques communes qui auraient mérité d'être intégrées
à la liste (avec, au minimum, un dessin par plante), une section sur les
préparations médicinales un peu trop courte pour son sujet, et quelques
illustrations en couleur qui auraient avantageusement complété les dessins au
trait.
Mais sur l'essentiel, le pari est tenu : celui d'initier en toute
sécurité et surtout de donner l'envie de sortir. Et pour cause : j'ai lu une multitude d'ouvrages d'herboristerie et de botanique, et celui-ci fait partie
des rares qui m'ont vraiment scotchée. Il rend la botanique accessible à tous,
débutants comme amateurs plus avertis, avec une rigueur et des mises en garde
qui manquent souvent à d'autres guides du genre. Que vous soyez un parfait
débutant à la recherche d'une porte d'entrée claire, ou un amateur souhaitant
mieux structurer ses connaissances, ce duo livre/carnet mérite pleinement sa
place dans votre bibliothèque (ou plutôt dans votre sac à dos !).
Une suite sera accueillie avec enthousiasme : non plus une description par famille de plantes, mais cette fois plante par plante — un volume par famille, par exemple, pour aller plus loin dans le détail une fois les bases posées ici.
Côté pratique : comment se procurer le livre ?
Les précommandes en
ligne sont terminées depuis un moment ; le livre sera en revanche disponible en
librairie dès le 18 septembre.
Affiché au
prix de 25,00 €, l'ouvrage bénéficie déjà, selon le site « Chemin de la
nature » d'excellents retours de la communauté, avec une note de 4,9/5 sur
plus de 1000 avis Google (plus de 10.000 exemplaires ont été commandés en prévente).
Sources
Le Chemin de la Nature. (s.d.). Découvrez notre équipe et notre activité. https://www.lechemindelanature.com/content/4-a-propos
L'Éveil Sauvage. (s.d.). Nous contacter. https://www.leveilsauvage.fr/nous-contacter/
Apprendre à cueillir. (s.d.). Page d'accueil. https://www.apprendreacueillir.com/
Hachette. (s.d.). Christophe de Hody. https://www.hachette.fr/auteur/christophe-de-hody/
Jacquemart, A., & Descamps, C. (2019). Flore écologique de Belgique suivant la classification APG IV : (Ptéridophytes et Spermatophytes).