Entre herboristes, nous avons décidé de reprendre la technique des sirops. Et plus précisément, suite à un échec exemplaire, nous tentons d’en comprendre la cause et d’améliorer notre pratique.

Le sirop et sa recette
Aussi appelés saccharolés, ces recettes combinent une quantité de solvants liquides (traditionnellement une infusion ou une décoction de plante dans de l’eau) et du sucre. Il s’ensuit un liquide de consistance visqueuse censé véhiculer des principes actifs (ou gustatifs si l’on se contente de ça). Selon Dorvault (1858), « Les inventeurs des sirops se sont proposé deux buts : 1° conservation de substances médicamenteuses sous une forme commode ; 2° administration facile de substances âcres, amères ou repoussantes par elles-mêmes. » Avec pertinence, Dorvault (1958) ajoute plus loin : « La conservation d’un sirop dépend en partie de son degré de concentration. Un sirop pas assez cuit ne tarde pas à fermenter ; quand il l’est trop, il laisse déposer des cristaux qui vont tapisser le fond des bouteilles. ». L’enjeu est donc de se situer entre la fermentation et la cristallisation et de véhiculer des principes actifs.
Lors du premier essai, une cristallisation est apparue. Non pas une petite quantité de cristaux dans le fond de la bouteille, non : un beau bloc de sucre s’était reformé. Pourtant, nous nous étions basés sur la recette proposée par Dorvault (1958) « […] eau 530, sucre 1000. ». Pour une masse de liquide (un infusé), nous avions ajouté 1.6 masse de sucre. Nous n’avions pas tenu en compte la « cuite » du sucre, néanmoins, nous avions chauffé au bain-marie jusqu’à dissolution apparente complète du sucre dans le liquide.

Remettre l’ouvrage sur le métier
L’essai du jour va reprendre le même principe d’ajout de sucre dans un infusé, mais en proportions différentes. L’eau a été choisie distillée, et la plante est du thym frais (Thymus vulgaris) cueilli en Wallonie en décembre 2025. La plante infuse depuis 24 heures à froid dans sa triple masse d’eau. Selon Dubray (2010), nous établissons que nous disposons d’environ 100 doses équivalentes à une DJMA (dose journalière minimale active). Cette donnée est confirmée par d’autres sources. Ces 100 doses devront être étalées dans la journée (lutte contre la toux grasse) et une précaution de l’usage vespéral devra être établie en raison de l’aspect tonifiant, voire excitant, de la plante.

Procédé
L’infusé préparé la veille est exprimé et, après examen organoleptique, nous décidons de reprendre le marc avec autant de solvant, mais en décoction cette fois. Nous pressons une seconde fois la plante et mélangeons l’infusé et le décocté. Nous arrondissons le volume pour conserver un multiple des 100 doses établies grâce à l’eau de rinçage de la pissette (passée sur la plante et les outils). En termes de résultat, nous disposons à ce moment de 100 doses réparties dans 800 quantités de solvant. (1:8). À titre de comparaison, un célèbre sirop de pharmacie au thym est réalisé à partir de l’extrait fluide (1:1).
Nous décidons de tester désormais deux saturations en sucre : un des processus misera sur une masse de sucre pour une masse de liquide, le second visera à 1,2 masse de sucre pour une masse de liquide. La cuisson est contrôlée en température et ne dépasse pas les 75 degrés. Nous la poursuivons délicatement jusqu’à apparition persistante d’une fine écume en surface. Dans chacun des deux lots, nous prélevons un échantillon que nous plaçons dans un petit flacon frais, histoire de voir comment ça se comportera. Les deux échantillons présentent un bel aspect sirupeux, mais nous observons que l’échantillon le plus concentré en sucre (1,2 de la masse du liquide) est plus satisfaisant. Au gout, c’est l’inverse : le sirop qui a pris la quantité de sucre équivalente à celle du liquide est plus plaisant.
Chaque lot sera embouteillé et étiqueté à chaud.

Vers une posologie
En termes de posologie, nous disposons d’une quinzaine de DJMA par flacon. Ce qui, concrètement, permet 5 cuillères à café réparties sur la journée avec une préférence pour un arrêt quotidien avant 18:00.

Penser à optimiser
Nous devrions viser à remplir au plus juste les flacons afin de limiter l’air présent.
Idées d’optimisation : ajout d’une huile essentielle de thym, ajout d’une plante expectorante dans l’infusion et la décoction.
Références
DORVAULT, L’officine, Labé 1858.
M. DUBRAY, Guide des contre-indications des principales plantes médicinales, Souny 2010.
Pour consulter une page d’un Dorvault présentant les sirops
Crédits photographiques
Véronique VM
