Folia officinalis passe en mode estival. Pour fêter ça, nous ouvrons un cycle d’articles : une introduction aux teintures de végétaux. Dix articles qui vous guideront dans une pratique avancée de l’herboristerie et qui nécessitent recherche et précision.
Aujourd’hui, vous allez bénéficier des avertissements d’usage et de quelques aspects législatifs qui encadrent la pratique de ces teintures de végétaux.
Avertissements
Autrefois répandues, les teintures mères et teintures officinales sont une façon efficace de capturer et conserver longuement les principes actifs des végétaux d’herboristerie. L’objectif de ces articles est de vous proposer les outils de l’autoproduction à usage domestique. Malgré la volonté de précision et le soin apporté à sa rédaction, ce texte n’atteint pas les exigences du secteur pharmaceutique. Il relate un usage traditionnel et en voie de désuétude.
Les végétaux ne sont pas des substances anodines : certains sont extrêmement bénéfiques, d’autres mortels. Toutes vos préparations doivent être considérées comme « à tenir hors de portée des enfants » et en aucun cas faire l’objet d’une automédication. Certaines préparations constituent également des déchets toxiques pour l’environnement.
L’alcool n’est pas sans risque de toxicité non plus. Il est reconnu comme source d’addiction et hépato-toxique. Concernant sa mesure, pour une question de facilité de lecture, j’utiliserai ici la typographie % ou° et non %vol.
Enfin, les médecins sont nos meilleurs partenaires en matière de santé : consultons-les et n’ayons jamais peur de communiquer avec eux. Quelques pharmaciens préparent encore des teintures officinales, exceptionnellement des teintures mères. Nous vous invitons vivement à soutenir leur pratique : tout le monde ne désire pas s’autoproduire ou n’en a pas la possibilité.
Législation
Ces articles se conforment à l’arrêté royal du 29 aout 1997, revu le 31 aout 2021. Le document présent est un document pédagogique.
Textes consultables ici :
https://www.health.belgium.be/fr/version-consolidee-arrete-royal-du-29-aout-1997

Les annexes de cet A.R. (listes) reprennent
- La liste des plantes dangereuses (et qui ne peuvent donc pas entrer dans la chaine alimentaire),
- La liste des champignons comestibles cultivés et sauvages,
- La liste des plantes à notifier si sous forme prédosée.
Deux articles de cette loi sont extrêmement importants. Le 3 impose l’interdiction de mise en commerce ET la fabrication de préparations de plantes dangereuses.
Il est donc évidemment interdit de vendre un extrait de jusquiame, mais aussi de le fabriquer. Le cas des plantes à poison est évident : hors de question qu’elles entrent dans la chaine alimentaire.
Prenez garde, car certaines plantes souvent citées dans les ouvrages d’herboristerie font partie de cette liste. Je citerai en exemples étonnants l’Arnica montana (qui est une plante toxique réservée à l’usage externe) et l’Artemisia annua, récemment arrivée dans cette liste.
Quelques artisans produisent et commercialisent -sous d’autres législations-, des produits étonnants. Je citerai, entre autres exemples, Coby Michael (https://www.thepoisonersapothecary.com ) ou encore le chocolatier Seamus Black ( https://linktr.ee/emporiumblack13 ).

Le deuxième article extrêmement important est le 5. Il concerne directement la pratique des teintures : la vente des formes préposées de plantes et champignons autorisés doit faire l’objet d’une notification préalable auprès du SPF Santé publique, Sécurité de la chaine alimentaire. Hors officine, je ne connais que deux fabricants artisans de teintures en Wallonie, et un à Bruxelles. C’est une pratique qui disparait, malgré ses nombreux intérêts et son accès relativement aisé.
La fabrication de teintures n’est donc pas interdite, même hors officine, mais elle est réservée à une liste limitée de végétaux (et champignons) et à un usage domestique ou une pratique didactique.

Il est fort probable que vous ne puissiez jamais vendre une teinture artisanale, même si elle est d’excellente qualité : les analyses fréquentes et la redevance représentent des frais élevés.
De plus, l’alcool est soumis à taxes, accises et réglementations. Nous n’aborderons pas cet aspect ici, mais il complique encore la problématique.
L’art de la pharmacie, quant à lui, est régi par l’Arrêté royal n° 78 relatif à l’exercice des professions des soins de santé (10 novembre 1967). Il n’interdit pas la préparation domestique, mais bien la prescription et même le don à titre gratuit.
Trois délits sont donc « possibles » : exercice illégal de la médecine, exercice illégal de la pharmacie, et fraude aux accises. Soyez donc vigilant·es.

La semaine prochaine
La semaine prochaine, nous aborderons deux sujets : où trouver la documentation pour pratiquer les teintures de végétaux, et une introduction à ce pharmakon qu’est l’alcool.