Rappel et introduction
Dans le quatrième article se trouvait la procédure de calcul nécessaire à toutes les alcoolatures, c’est-à-dire convertir des quantités en masses, et inversement. Ces calculs sont nécessaires car l’alcool et l’eau se mêlent étrangement en termes de volumes et n’ont pas la même masse.
Cette semaine, nous allons voir comment tenir en compte la quantité d’eau présente dans une plante lors de la réalisation d’une extraction hydro-alcoolique.

Dorvault, forever.
Fraîches, les plantes contiennent de l’eau. Cela va influencer le titrage de l’alcool et, s’il est trop bas, la conservation sera compromise et peut-être que les principes actifs visés ne seront pas extraits. Cependant, estimer la quantité d’eau présent dans un végétal n’est pas aisé.
Heureusement, Dorvault (1910), (et bien d’autres apothicaires) ont référencé la perte en eau de la plante au séchage : « En récapitulant les rapports qui existent entre les différentes catégories de substances sèches et fraîches, savoir : pour les racines : : 2 : 7, les écorces : : 2 : 5, les feuilles : : 2 : 9, les fleurs : : 2 : 10, et en cherchant le rapport commun, on trouve qu’il est sensiblement : : 1 : 4, en d’autres termes, que les substances végétales énumérées ci-dessus, prises en bloc, éprouvent une perte de poids de 3 parties sur 4, ou plus simplement encore, que 4 kilogrammes de substances fraîches en donnent 1 de substances sèches. »
Si nécessaire, l’herboriste pourra sécher 100 g de plante fraiche dans un déshydrateur et ensuite peser le résultat : la différence de poids établie est l’eau évaporée (par définition, les plantes séchées ne contiennent plus d’eau).

Il est donc impératif de tenir en compte cette présence d’eau lors de la réalisation d’une teinture mère, c’est pourquoi beaucoup d’auteurs soit utilisent un rapport 1:2 (comme Moore), soit conservent le titrage 96% de l’alcool. Il est cependant possible de calculer un titrage stable selon la teneur en eau du végétal.
L’intérêt de l’exercice peut sembler très relatif si l’on assure un titrage suffisant pour la conservation. De plus, cet exercice demande la pratique d’une bonne estimation : la plante est-elle plutôt en état de stress hydrique ou est-elle saturée d’eau par des pluies récentes ?
Calculer
Tentons maintenant mise en pratique avec la sauge : 100 g de sauge fraîche sont à macérer dans 500 g d’alcool à 50% ( 1:5 ).
Dorvault nous cite, pour la sauge, un rapport de 2200 : 10000. C’est à dire que 10 kilos de sauge fraîche produiront 2200 grammes de sauge sèche. Cette plante fraiche contient donc 7800 grammes d’eau pour 10 kilos, c’est à dire 0,78 g d’eau pour un g de plante.
Nous pouvons dès lors compléter le tableau de la semaine précédente avec la nouvelle donnée. Et nous aurons ainsi conservé la proportion 1:5 et le titrage désiré. Un écart de 2% lors de la mesure à l’alcoolmètre doit être considéré comme une réussite domestique !
Poids de plante | Eau dans la plante | Eau | Alcool 96% | Quantité d’alcool 50% |
35,8 g | 27,9 g (2200 : 10000) | 98,15 ml – 27,9 ml = 70,25 ml | 100 ml | 179,395 g |
1 g | 0,78 g | 98,15 ml / 35,8 = 2,741 ml-0,78 ml = 1,96 ml | 100 ml / 35,8 = 2,793 ml | 179,395 g / 35,8 g = 5 g |
100 g | 78 g (2200 : 10000) | (98,15 ml / 35,8) x 100 = 274,1 ml -78 ml = 196,1 ml | (100 ml / 35,8) x 100 = 279,32 ml | 5 g * 100 = 500 g |
La semaine prochaine
Rassurez-vous, les principales procédures de calcul ont été présentées. La semaine prochaine, nous allons pouvoir évoquer un autre aspect de la pratique des alcoolatures : le matériel nécessaire.
Bibliographie du jour
MOORE M., Herbal Materia medica, Southwest School of Botanical Medicine, 1995.
DORVAULT F., L’officine (15ème édition), Paris, Asselin et Houzeau, 1910